Si si c’est possible ?

La Sagrada Familia ne domine pas Lyon du haut de la colline de la Croix-Rousse et les Ramblas ne débouchent pas sur la place des Terreaux. Raison de plus de se préoccupé de Barcelone, une ville ou Ada Colau et d’autres ont peut être réenchanté le domaine de la politique. Et on a tant besoin?
 

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Comment des activistes du scratches de l’occupation

Ont ils réussit à prendre le pouvoir dans une mairie de plus de 1,6 millions d’habitants ! Les scratches sont ces actions radicales menées par Ada Colau et les activistes de la PAH pour dénoncer, un à un, devant leur domicile, les députés “complices” des expulsions immobilières. À l’époque, qui aurait parié qu’Ada Colau allait trouver une majorité sur son nom dans les urnes.

“David contre goliath. Incroyable ce que nous avons réalisé en si peu de temps. Une fois de plus, nous avons montré le pouvoir qu’ont les gens si nous nous unissons par des objectifs communs”, nous dit Ada Colau, deux jours après sa victoire à la mairie de Barcelone. Ce qui ne l’empêche pas le soir même, malgré les multiples sollicitudes, d’être volontaire pour participer au décompte que la fundació arrels (www.arrelsfundacio.org/es/ ) fait chaque année des personnes qui dorment dans les rues de Barcelone.

 
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Si la majorité de la presse française a résumé ces succès municipaux à des victoires de Podemos, ce n’est pourtant pas le cas : ce sont des plateformes citoyennes qui ont remporté ses élections. Organisées sur des principes d’horizontalité, elles sont en lien direct avec les mouvements sociaux. À Barcelone,, c’est 73 assemblées de quartier qui ont été créées pour mener campagne dans la rue. L’avocat Jaume Assens définit ainsi l’un des concepts-clés de la jeune formation : « la confluence ». La plateforme, pour former une majorité dans les urnes, applique une méthode boule de neige: agréger du vieux et du neuf, des partis institutionnels comme des mouvements sociaux ou culturels. S’entendre, par-delà les identités politiques des uns et des autres, sur des objectifs concrets, pour « récupérer Barcelone ». L’objectif est ambitieux : transformer un mouvement citoyen participatif en une majorité dans les urnes, en utilisant notamment l’internet comme force de frappe. Un véritable débat s’installe sur la toile, dépassant ainsi le cadre institutionnel et laissant la parole à tous.

 

Une primaire citoyenne, est lancé le 12 février 2015

 

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Pour désigner les candidats et prioriser les mesures programmatiques. Pour participer au vote, il suffit tout simplement de s’inscrire sur le site de « Barcelona en Comú ». Ouverte à l’ensemble des personnes, quelle que soit leur nationalité, résidant dans la commune de Barcelone, âgées de plus de 16 ans, et s’engageant sur la charte éthique. A l’issue de la période des primaires, Ada Colau, seule candidate, est désignée par près de 92% des 4583 votants. Les résultats détaillés des différents votes sont disponibles en ligne. Le programme, lui, part des propositions faites sur le site, mais aussi lors des assemblées de quartier et des groupes de travail ouverts à tous. Parmi les engagements plébiscités, on trouve : la prévention des expulsions pour raisons économiques, la garantie d’un « approvisionnement minimal », le droit à l’alimentation pour les enfants et les adolescents, la construction de logements sociaux, le refus des projets « contraires au bien commun », la municipalisation de l’eau, la tarification sociale des transports en commun. Ces propositions ont été traduites sous forme de contrat municipal.

L’une d’elles est très symbolique : la remise en cause du modèle économique de la ville, basé uniquement sur un tourisme étranger qui amène 16 millions de visiteurs chaque année, destructeur de toute une vie sociale, symbole au combien de Barcelone. Des moyens sont proposés pour stopper cette “monoculture touristique “ qui transforme la ville en parc d’attraction et chasse les foyers modestes de leur quartier : stopper le développement des hôtels de luxe, projet souvent pharaoniques, mais aussi créer une monnaie locale pour relocaliser l’économie. On trouve aussi la piétonnisation d’une partie du centre-ville, la création d’un abonnement aux transports en commun à 50 euros pour toute l’agglomération, la création d’une agence locale de l’énergie pour contrer les grandes compagnies du secteur et développer l’énergie renouvelables. Barcelone en Comú prévoit également de réduire les salaires des élus (2200 euros) et d’éliminer les voitures officielles. Contre les expulsions qui continuent, le projet prévoit de taxer les spéculateurs notamment les banques qui détiennent des logements vides, ainsi que la mise en place d’une nouvelle taxe pour les compagnies d’électricité, pour leur occupation de l’espace public.

 

Ce programme est-il écolo ? Il est « décroissant, mais sans le dire parce que sinon ils vont tous nous tomber dessus  » David Llistar.

 

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Le philosophe Paul B. Preciado, dans un interview sur Médiapart, revient sur le succès des candidatures citoyennes en Espagne. Il fait le lien avec une longue tradition du « communisme libertaire » mêlé d’utopie, vivace en Catalogne. Et l’explique ainsi: “Ce sont des partis politiques nouveaux, qui ne reproduisent pas la structure des professionnels de la politique, qui n’ont ni l’argent, ni les réseaux des partis « installés « . Dans la victoire d’Ada Colau, il y a plusieurs choses qui ont compté, et qui sont assez extraordinaires. D’abord, la mobilisation des classes moyennes appauvries, précarisées par la crise après 2008. Cette politisation est le résultat d’un travail extraordinaire, mené par Ada Colau et la PAH [la plateforme anti-expulsions immobili qui a su élargir cette expérience et sa force de transformation au-delà de ce réseau d’activistes. Avec la PAH, on touche à la question du logement, de l’habitat, de la survie, de la vulnérabilité du corps. La PAH a su organiser la vulnérabilité pour la transformer en action politique. La comparaison est trop forte, mais pour moi, il s’est passé un tout petit peu quelque chose comme les luttes pour les malades du sida dans les années 80. Cela a servi de levier pour repolitiser toute une classe qui traversait une énorme dépression politique. La capture des désirs par le capitalisme néolibéral produit une déprime collective, qui s’exprime sous la forme d’une dépolitisation totale. En inventant des techniques politiques nouvelles, comme le scratche, Ada Colau et d’autres ont réenchanté le domaine de la politique. C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans leur victoire. Les corps sont sortis dans les rues, et la ville entière a été repolitisée par leur présence. »

 

Et, quand est il aujourd’hui !

 

  Ada Colau « Beaucoup ont pensé que nous ne pourrions pas gouverner. Nous l’avons fait. Aucun parti traditionnel, en minorité* comme nous le sommes, ne pourrait gouverner. Si nous y parvenons c’est parce que nous nous appuyons sur les habitants » (en catalan,  la gent ).  Le bilan d’une année de mandat est loin d’être négligeable : actions pour l’emploi et baisse du chômage (certes, dans une conjoncture favorable) ; récupération de 200 logements de la Sareb (la banque en charge de la liquidation des logements expropriés par les banques), pour les reconvertir en logements sociaux ; arrêt de 653 procédures d’expulsion ; sanction à l’encontre des propriétaires de logements touristiques illégaux (696 logements objets de sanctions) ; mise en place de la re-municipalisation des crèches ; aides sociales accrues, la municipalité travaille à une meilleure répartition de l’espace urbain, notamment en faveur des piétons ; la réduction de la vitesse autorisée. Barcelone s’est déclarée « cité refuge » et a triplé les ressources dédiées à l’accueil de réfugiés.

Toutefois, certaines associations représentatives de la population critiquent la lenteur du système administratif municipal. Elles critiquent aussi la gestion de certains dossiers, comme ceux du comportement de la police municipale, de la grève des transports publics ou encore des « manteros » (les vendeurs ambulants).

 
Un débat comme on les aime, tapas et convivialité, –Barcelone, d’un projet social au pouvoir municipal– Montserrat Emperador Badimon, maîtresse de conférence en science politique à l’Université Lyon 2, fera une présentation de l’experience politique qui se joue à Barcelone. Mercredi 7 décembre 20h à la Coopérative du Zèbre (ouverture 18h)

 

Franck Bonnéric

 

*A Barcelone, la liste Barcelona en Comú (Barcelone en Commun), menée par Ada Colau, était arrivée en tête avec 11 sièges (sur 41) et 25 % des voix. Ada Colau avait été investie, le 13 juin (par 21 voix sur 41), pour un mandat de quatre ans, avec l’appui du PSC (Parti Socialiste Catalan), d’ERC (Esquerra Republicana de Catalunya) et de la Cup (Candidatura d’Unitat Popular).

** Plusieurs organisations ont d’ailleurs participé à ces travaux. On y trouve notamment l’ICV (Iniciativa per Catalunya Verds), EUiA (Esquerra Unida i Alternativa), Process Constituant (Procés Constituent a Catalunya) et Podemos. Ces quatre organisations valideront à posteriori cette charte éthique, qui fut finalement adoptée définitivement le 4 décembre 2014. Ils seront rejoints par le petit parti vert EQUO, portant à cinq le nombre d’organisations politiques soutenant officiellement la démarche. La CUP (Candidatura d’Unitat Popular) qui a participé au début des travaux s’est retiré du processus notamment en raison de la participation d’ICV qui avait déjà fait partie de la majorité municipale, hasard elle obtient des élus qui vont permettre à la liste de prendre la mairie.